Clovis NICOLAS

• Clovis Nicolas   Contrebasse
• Steve Fishwick   Trompette
• Dmitry Baevsky   Saxophone alto
• Laurence Leathers   Batterie

   Le concept de liberté en musique recouvre plusieurs aspects. Le contrebassiste et compositeur Clovis Nicolas n’a pas voulu renoncer aux règles du rythme et de l’harmonie jazz dans sa quête de liberté, mais au contraire il y a trouvé une dose supplémentaire d’à-propos et d’espace pour son expression de bassiste au sein d’un quartet sans instrument harmonique, à savoir sans guitare ni piano. Freedom Suite Ensuite est un album qui témoigne du travail de Nicolas dans ce contexte, ainsi qu’un hommage au musicien qui incarne le mieux comment jouer free l’intérieur d’une forme, le grand saxophoniste Sonny Rollins.


   Nicolas est un musicien très actif sur la scène musicale New Yorkaise depuis son arrivée au début des années 2000. Etant déjà établit en France comme l’un des bassistes les plus sollicités, il a par la suite acquis aux Etats-Unis une réputation internationale en se produisant sur scène et en studio en compagnie de certains des plus éminents jazzmen tels que Peter Bernstein, Jane Monheit, Frank Wess, Joe Magnarelli, Walt Weiskopf ou Samora Pinderhughes.

   L’idée derrière Freedom Suite Ensuite est née d’une succession de concerts réguliers que Nicolas a effectué au sein d’un quartet comprenant deux saxophonistes et un batteur. Dans cette formation, Il a découvert et exploré une nouvelle identité pour sa contrebasse, dotée d’une plus grande influence sur la direction musicale, d’un champ d’expression élargi et d’une présence accrue en tant que soliste. Certains enregistrements de groupes similaires ont également influencé ses conceptions, comme Avant Garde de John Coltrane et Don Cherry, Etudes de Ron Carter ou encore Thirteen Sketches de Ben Wolfe.

   L’identité sonore de ces orchestres était clairement dans l’esprit de Nicolas quand celui-ci a choisi les musiciens avec lesquels il allait s’entourer. Rencontré lors de ses études à la Juilliard School, le batteur Kenny Washington a fait une forte impression sur Nicolas dès les premières notes jouées ensemble. L’estime du bassiste pour la richesse sonore, le sens du swing et le goût parfait de Washington s’est avérée réciproque, le batteur ayant engagé Nicolas sur ses concerts à maintes reprises. Le saxophoniste ténor Grant Stewart s’est régulièrement produit avec Nicolas depuis l’arrivée du bassiste à New York. Il s’avère être un excellent choix, tant par sa sonorité chaleureuse que par sa formidable aisance harmonique et mélodique. Le poste de trompettiste est partagé ici entre le plus introverti Brandon Lee, remarquable soliste au demeurant, et le fougueux Bruce Harris, musicien expressif parfaitement taillé pour jouer sur le blues et le standard du répertoire.

   Nicolas voulait accomplir plusieurs choses sur cet album. Tout d’abord, il voulait tenter une nouvelle version de la célèbre “Freedom Suite” de Sonny Rollins, une composition jusque là exclusivement interprétée par des saxophonistes. Ici il a voulu l’agrémenter d’une trompette afin de donner à l’oeuvre une nouvelle fraîcheur. A la “Suite” se succède donc logiquement “Ensuite”, une série de compositions du bassiste et deux standards revisités.

   D’entrée de jeu, le son de l’orchestre est établit sur le décontracté “The 5:30PM Dive Bar Rendezvous”, un titre et une forme non sans rappeler les bizarreries d’un Thad Jones, déployant une ambiance parfaite pour un apéritif et mettant en valeur Harris à la trompette. La “Freedom Suite” de Rollins se divise ici en trois parties, séparées par deux “Interludes” sans solos, nous offrant une approche et une re-organisation du morceau différente de l’original. “Grant S.”, dédié au saxophoniste, est un véhicule parfait pour des nouvelles improvisations sur la forme du blues, avec de subtiles variations dans la marche harmonique. L’ excentrique “Nichols and Nicolas” est dédié au pianiste et compositeur Herbie Nichols. Nicolas avoue avoir composé la mélodie en une heure, bien qu’il lui ait fallu un mois pour trouver les bons accords sur une forme AABC inhabituelle.

   Le swinguant “You or Me?” est une paraphrase sur la chanson “The Best Thing for You is Me” d’Irving Berlin, tandis que l’ambiance qui règne dans la valse de Nicolas “Dark and Stormy” s’inspire des films noirs d’un Louis Malle ou d’un Clouzot. Une interprétation dynamique du “Fine and Dandy” de Kay Swift insuffle de l’énergie au programme, avec d’excellents solos de Stewart, Harris, Nicolas et Washington. La composition de Nicolas “Speak a Gentle Word” met en valeur le jeu afro-cubain de Washington ainsi que le lyrisme de Stewart et de Lee. L’album se termine par une magnifique interprétation de Nicolas en contrebasse solo du standard “Little Girl Blue”.

   Le progrès dans l’histoire du jazz s’est effectué à la fois par l’intermédiaire d’additions ou de soustractions. Bien que Clovis Nicolas ait conservé les éléments de l’harmonie jazz formelle, ses expérimentations, en supprimant le piano et la guitare de son ensemble, ont permis à un nouvel aspect de son jeu d’émerger. Freedom Suite Ensuite renferme tous les éléments qui fascinent Nicolas dans ce système, depuis l’inspiration jusqu’à la composition et la présentation.

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